Envisager la complexité en distinguant la présentation des actions et leurs représentations

 


Les chercheurs qui inspirent certaines conférences de consensus et autres groupes de réflexion visent à construire une représentation abstraite permettant d’expliquer conceptuellement les objets ou événements à distance. Il en va de même de l’approche des qualiticiens concentrés sur une approche par concepts qui inévitablement vont se trouver en tension face aux praticiens. Ces professionnels se retrouvent devant l’opposition que Bourdieu a montré entre un point de vue pragmatique et scolastique en termes de communication et entre la présentation de l’action et sa représentation. Pour autant, il nous paraissait intéressant de développer cette attitude qui englobe une attitude de praticien et de qualiticien.
Pourtant les exigences de l’audit, de la formation et l’exigence universitaire risquent de ne pas se conjuguer dans les récits identifiés sous l’étiquette de « sémantique de l’intelligibilité de l’action ». Le discrédit entre les praticiens et chercheurs peut se poursuivre. Au moment où l’argent devient rare, peut-on subventionner des recherches qui ne servent pas aux pratiques ?

Une écologie de l’esprit
Nous sommes donc nourris par l’idée que la rationalité scientifique est la seule forme qui nous permet d’appréhender la réalité de manière objective. Thomas Kuhn a mis en avant la notion de structure imaginaire construit avec par les époques de l’histoire quant avant lui Gaston Bachelard parlait de discours de circonstances. Les paradigmes sont des visions du monde qui changent au gré des époques marqués par le vécu par les hommes. Par conséquent comment considérer que le manager évite cet expérience de pensée. La façon de voir les organisations ou d’imaginer des fonctionnements serait sujette à ce biais de raisonnement auquel il faut ajouter une difficulté naturelle à élargir sa vision et à s’extraire de l’environnement des établissements pour mieux y revenir. C’est dans cette optique que le consultant extérieur peut apporter une plus-value.

L’approche de la complexité ouvre des perspectives
La complexité est devenue une notion incontournable dans le management des structures sanitaires et médico-sociales. Par le changement de raisonnement qu’elle suppose, elle permet d’envisager la problématique des établissements de santé sous des logiques différentes et proposent donc des solutions différentes. La complexité ne cesse de croître, d’autant plus que les exigences des autorités de tutelle augmentent et donc que les contraintes qui pèsent sur les acteurs sont plus pressantes. Toutefois les responsables peuvent renouveler leurs façons traditionnelles d’aborder les problèmes et trouver les moyens pour penser leurs actions avec la complexité. Il est nécessaire d’insister sur la distinction de ces deux notions. Par rapport à la complication, la complexité renvoie à la notion d’imprévu inhérent aux concepts de description et de dénombrement. Ainsi ce terme désigne ce qui nous échappe, ce qu’on ne peut comprendre donc « embrasser » intellectuellement et donc qu’on ne peut maîtriser. Cela entraîne une diversification et une confusion dans les modèles de management, dans la recherche de valeurs et de sens et dans la multiplication des interdépendances…
Devant notre incompréhension de la complexité, nous avons tendance à nous replier sur des outils simples ou simplistes. Nous avons tous un système de représentation de la réalité. Jean-Louis Le Moigne dit « On ne modélise pas le réel, on modélise un point de vue sur le réel ».
Les trois composantes principales qui conditionnent notre représentation sont :
-Notre vision générale du monde grandement constitué par le paradigme dominant de l’époque
-Le contexte dans lequel nous évoluons
-L’intention, la vision ou le projet intime

Une nouvelle ambition pour expliquer la complexité
Descartes et les pères de la mécanique classique se sont penchés sur une volonté prométhéenne d’expliquer la réalité afin de mieux la maîtriser. Cette ambition s’est évanouie au XXème siècle en même temps que le paradigme analytique. Des certitudes déçues, des crises de toutes natures, un désenchantement notoire côtoie désormais des avancées sociales et techniques considérables. Concevoir de manière plus globale cet environnement paradoxal est une nécessité en utilisant une pensée complexe. Alors pourquoi ajouter une pensée complexe dans un monde compliqué. En fait il ne s’agit pas d’ajouter artificiellement des difficultés chronophages mais de donner des moyens pour poser les problèmes. On ne trouvait pas de problèmes complexes devant des situations inexplicables. Les maladies virales et bacillaires avant Pasteur n’étaient pas vécues comme complexe mais restaient incompréhensibles. De même les progrès dans le domaine de la recherche fondamentale ou appliquée posent sans cesse de nouvelles questions qui appellent une nouvelle façon de penser. Les nouveaux problèmes se seraient de toute façon présentés à la perspicacité des chercheurs en cessant de chercher à comprendre la complexité. Notre ambition est modeste bien évidemment devant ce paradoxe, nous souhaitons simplement proposer des outils innovants qui interrogent les méthodes de pensée dans le domaine de la qualité des prestations.

Manager dans et avec la complexité 
Il convient de changer de logique dans un contexte où se côtoie des disciplines méthodologiquement différentes. Il faut noter que les protocoles de recherche qui ont abouti à l’instauration des cours de méthodologie de la recherche et à la rédaction des manuels de méthodologie ne remonte sauf exception qu’à la moitié du XXème siècle. On peut considérer le statut des disciplines et nous verrons le lien avec la complexité et la difficulté des échanges entre les praticiens et les qualiticiens.
Il existe d’abord les disciplines à statut dit « supérieur » comme la physique dont la « scientificité » est incontestée, leur visée est d’établir des lois expliquant les phénomènes par les relations causales entre les faits. Il existe ensuite les disciplines à statut élevé dont l’apport au bien-être de l’humanité est incontestable comme la médecine ou le génie qui cherchent à mieux maîtriser les modifications adaptatives du corps dans l’environnement physique pour mieux vivre et vivre mieux. Les sciences sociales et humaines se soucient moins d’intervention comme le font les disciplines à visée formative, elles ont pour objectifs d’établir l’état des lieux avec les éléments constitutifs et comprendre le sens des événements. Enfin les disciplines formatives sont censées enrichir par la recherche la formation et la pratique des métiers et des professions dans lesquelles il s’agit de « bien faire » dans des contextes complexes avec les seules ressources disponibles et avec des acteurs dont on ne peut négocier la présence.
Ce tour d’horizon disciplinaire nous amène à penser quels sont disciplines sont concernés dans le contexte que nous étudions ? En fait toutes celles cités ci-dessous avec un statut scientifique plus ou moins affirmé sont concernées. Ce qui nous amène notamment à proposer l’hypothèse de la complexité du contexte des établissements médico-sociaux.

Approche pratique versus approche scientifique
Il convient ensuite de préciser les conséquences des interactions disciplinaires dans notre domaine d’étude. Une réflexion ayant pour fonction de fonder ces pratiques professionnelles sur des bases scientifiques « éprouvées » est imposée à ces disciplines une fois qu’un statut universitaire leur est accordé. Les solutions envisagées sont soit de poursuivre un projet de connaissances « scientifiques » qui pourraient inspirées la réflexion des praticiens ou s’inspirer de disciplines polytechniques comme la médecine pour fabriquer ou évaluer des outils ou des procédures qui seront proposées aux praticiens.
Il en résulte que la majorité des chercheurs des disciplines formatives vont être tentés d’emprunter leurs protocoles de recherche aux autres disciplines comme sources contributives ou fondatrices. Toutefois les objets et dispositifs de recherche ne s’adapte pas facilement les uns aux autres. Ainsi on peut observer deux conséquences :
– un attitude dogmatique des utilisateurs des disciplines scientifiques : le statut scientifique ne se transfère pas automatiquement, et l’adoption sans adaptation de disciplines visant la connaissance théorique des phénomènes sociaux ou psychologiques sacrifient la démarche visant des savoirs d’actions.
-Une dissonance entre les processus importés et la suite des opérations techniques

Le principe dialogique et la modélisation systémique
Le principe dialogique proposé par Edgar Morin présente des logiques différentes qui sont complémentaires, concurrentes ou parfois antagonistes. Ces logiques sont souvent présentes en contexte complexe. Voici quelques exemples de principes dialogiques :
Ordre/désordre, normal/marginale, théorique/pratique, spécialiste/généraliste ainsi que concret/abstrait. C’est sur ce dernier principe que nous nous sommes appuyés.
Mettre en valeur les apprentissages implicites dans les processus de formation et utiliser le concept d’abstraction dans ce domaine, tels sont les buts recherchés dans la méthodologie des plans d’abstraction que nous avons développée.
Un système selon la modélisation systémique est « un ensemble d’éléments organisés en interaction complexes en vue d’une finalité dans un environnement changeant »4 à la différence de l’approche analytique qui découpait la réalité en morceaux pour l’analyser plus facilement. Il s’agit donc dans ce modèle de mettre l’accent sur l’interaction et la finalité. Ainsi dans un système informatique on s’interrogera sur les interactions de même sur les liens entre les « process » dans la cartographie des processus, ce qui sera mis en évidence dans les outils que nous proposerons.
Cette méthode permet d’expliciter les pratiques avec une approche différente de celle de Vermesch. Basé épistémologiquement sur les principes dialogiques de Morin, elle permet de s’interroger en construisant un questionnement de plus en plus solide.

Un exemple parmi beaucoup d’autres…
Mon parcours d’infirmier et de formateur m’a permis d’améliorer cette méthode de questionnement. L’exemple princeps est celui de la réfection d’un pansement. Le tuteur expose les détails nécessaires à une élève infirmière pour réaliser un pansement chez une personne âgées porteuse d’une escarre fibrineuse. Nous lui proposons de répondre aux trois premières questions de la méthode des plans d’abstraction: Comment réaliser ce soin? ( valable aussi pour un acte de pensée)-Pourquoi le réaliser ainsi? -et Quels critères régissent cet acte? Les réponses qui construisaient un soin stérile (car il ne fallait pas que la plaie soit infectée car le critère était l’asepsie ont été nombreuses) ont mis en évidence que c’est dans l’erreur reconnue et en faisant que l’on apprend …
La mulitiplication des exemples vécus avec les apprenants m’ont permis de considérer que cette méthode permettant d’envisager la complexité et donc de la traiter. En effet il n’est pas rare que l’on analyse des conflits entre 2 voire de nombreux critères.
Nous avons construit nos formations sur la base de protocoles pour permettre une approche des pratiques vers les bonnes pratiques selon le schéma des approches que nous avons proposé par ailleurs. En utilisant nos outils et notamment cette méthode d’analyse, nous proposons des formation interactives utilisant les médias et un parcours méthodologique. Cette innovation pédagogique peut être couplé à un audit ciblé concernant le sujet de la formation.

Expliquer les intentions, le contexte et les interactions
Le partage des approches met en évidence une « lecture » différente de chaque intervenant. Pour mettre en lumière sa vision il convient :
-de les proposer d’une manière claire
-d’avoir une méthode connue de tous qui simplifie la démarche
-de les confronter dans une attitude ouverte à un auditoire tolérant au changement.
-de disposer d’un vocabulaire et d’une grille d’analyse commune et solide
Les limites de cet outil est qu’il soit comme les autres outils présentés ci-dessous utile, utilisables et utilisés.
A travers l’explicitation et la recherche de sens, nous pouvons parcourir avec ces outils sans grande prétention, les critères du modèle systémique que sont la finalité et l’interaction tout en l’utilisant dans l’audit et la formation avec de nombreux professionnels.

Nous formulons ici de sincères remerciements à Dominique Genelot ( double formation initiale d’ingénieur et sciences de gestion auteur de l’excellent ouvrage  » Manager dans la complexité ») et Walter Baets (à intègré « The Camp » à partir du 1er août, professeur d’économie est actuellement directeur de la Graduate school of business à l’université du Cap en Afrique. Auteur de nombreux ouvrages notamment sur l’impact des nouvelles technologies sur les organisations). J’ai pu échanger à ce sujet avec ces deux spécialistes.

Actuellement en reconversion professionnelle, je suis disponible pour des missions ou du salariat. 

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